Presse sur Internet: pourquoi les Polonais sont plus forts que nous
Je rentre de Varsovie, où j'ai rencontré les équipes web du groupe Agora, qui possède le quotidien national Gazeta Wyborca, et j'ai été complètement bluffé.
Pas
seulement par le building qui accueille ce jeune groupe de presse
leader dans le pays. Une sorte de "gratte-ciel couché", tout en verre
et en bois, où l'ensemble des services (plus de 1200 personnes) sont
rassemblés sur deux longs étages ouverts, où des arbres poussent dans
des puits de lumière.
Le groupe possède un quotidien avec des éditions locales, plusieurs radios, dont la première talk radio du pays, une web tv, un portail internet puissant (le troisième du pays) qui rassemble une dizaine de marques dont 5 pilotées par la rédaction web de Gazeta.
Dernier en date, un site politique, politbiuro.pl: 1 million de visites par mois après deux mois d'existence... avec seulement 1 journalistes et 3 pigistes.
Autre projet intéressant: alert24.pl.
Un site contributif à la manière du "téléphone rouge" des radios, où
les internautes, encadrés par deux journalistes, sont appelés à envoyer
leurs infos, photos et vidéos de faits divers locaux par teléphone. Un
gros succès: le site reçoit entre 30 et 50 contributions par jour, et
est fréquemment exploité par les journalistes des rédactions nationale
et locales.
Tout n'est pas idyllique: les relations entre la
rédaction web et papier (20% des contenus du site gazeta) ne sont pas
vraiment fluides. Les deux rédactions sont d'ailleurs séparées, même si
les deux rédac chef participent ensemble aux conférences de rédaction. Le site du quotidien est d'ailleurs différent du portail.
L'expérience d'intégration va se faire... avec la radio!
C'est étonnant, mais assez logique finalement. Le web et la radio
partagent des ryhtmes et une culture assez proche: la réactivité (plus
rapide sur le web, néanmoins), le direct, l'interactivité et la
conversation avec l'audience, les formats courts.
Du coup, la
rédaction web et celle de la radio nationale sont en train d'être
déménagées dans une aîle du building Gazeta. Un seul desk, des studios
d'enregistrement et de direct, juste à côté de l'impressionnant studio
télé de la webTV.
Pour l'instant les journalistes des deux médias
travaillent ensemble, mais chacun sur son format. Mais d'ici deux ans,
chaque éditeur aura été formé à la radio ou à l'écrit web, de sorte
qu'ils seront tous polyvalents et multimédia. La plupart des sons
radios seront enregistrés en vidéo pour être diffusés sur le Net.
Belle
expérience... qui prouve encore une fois que la question n'est pas de
savoir si les rédactions doivent être intégrées ou pas. Ce sont des
débats de transition. L'objectif aujourd'hui est de travailler
souplement à des organisations cohérentes en fonction de chaque nouveau
projet.
Mais la principale force du groupe, c'est sa capacité à innover en permanence.
L'équipe web (plus de 250 personnes) a compris qu'il ne servait à rien
de se lancer dans d'énormes projets, personne n'ayant de solution toute
faite, mais de se donner la flexibilité nécessaire pour expérimenter
sans cesse.
C'est ce qu'on pourrait appeler une stratégie agile,
pas à 3 ou 5 ans, mais une stratégie de flexibilité ("flex" est
d'ailleurs le nouvel adjectif à la mode pour dire "cool"...), par
l'expérimentation. Une stratégie complètement adaptée à notre champ de
vision actuel (personne ne sait comment les choses vont évoluer): se
donner la capacité de lancer plusieurs petits projets de sites chaque
année (pas de rachat, mais des créations), peu couteux (même
plateforme, mini-équipes), et... apprendre!
Tout en se laissant la
possibilité de stopper, sans état-d'âme, un site au bout de 6 mois s'il
ne rencontre pas de succès. Gazeta vient de lancer notamment, en
quelques semaines, un site de niche destiné aux adolescentes, piloté et alimenté par un binôme. Résultat: zéro cout de développement, un vrai carton d'audience...



